Ski de rando Ecrins 2016

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Mercredi 23 mars

14 heures, après avoir déjeuné sur la Grave, troque des vêtements de ville pour l’équipement du petit randonneur sur le parking du Pont d’Arsine. Météo clémente, les regards se portent sur les pentes quelques peu dénudées de blanc. Plane une légère inquiétude. Et là haut, qu’en sera t il? On s’engouffre dans un plat vallon, direction du pas d’Anna Falque. On pousse sur les bâtons sur cette longue piste de fond en évitant de pourrir les traces des fondeurs. Le court passage du ruisseau du colombier mène aux pentes casse-pattes qui contournent des combes. Le réveil matinal suivi de 6 heures de route se manifeste. Quelques suées, chacun fait le bilan de sa condition physique. Houlà que la montagne est bien rude. Passé la station météo, le refuge de l’alpe posé à 2077 mètres tend ses bras. Vaste demeure conçue dans les années 80 pour 90 pensionnaires, nous ne serons que huit à table pour gouter la choucroute polonaise servie. La demeure est froide, sombre, le poêle ne chauffe guère. On évoque la petite mise en jambe prévue sur le pic de Chamoissiére avec ses quelques 1000 m de dénivelé positif et moins de 3 kilomètres de projection horizontale. Non tenu de se lever tôt, chacun s’engouffre sous les couvertures aussi froides que ce refuge. Dès cette soirée, les compagnes seront sans nouvelle, les téléphones sont aphones.

Jeudi 24 mars

Départ 7 heures. Beau temps, nous dépassons la roche aux oiseaux et abordons vers 9 heures le glacier de Chamoissiére. Plus haut, deux des trois Annéciens, d’âges respectables, croisés au refuge dans la soirée. Nous saluons leur compagnon en mode pause. Il nous confie que son pote plus haut perché collectionne 80 belles années … Nous nous interdisons de nous plaindre en remontant les pentes qui tendent vers les 40° vers 2800 mètres,altitude à laquelle, descendrons dans de vives et belles courbes l’octogénaire accompagné de sa compagne. Mes petits camarades ne manifestent aucun signe de faiblesse, mes pas sont lourds, je n’arrive pas à maintenir un pas régulier. 13 heures, je rejoins la bande, il vente fort sur le col, fatigué je n’ai d’envie que de descendre m’abriter plus bas. Ce sera par mauvaise neige que nous aborderons les pentes raides. Traversées et conversions seront d’usage pour ce qui me concerne. la blessure de l’an dernier m’invite à la prudence. 14H30, nous sommes au refuge. Les bières sont bien légères en altitude. Une dégradation météo prévue pour dimanche suggère de monter sur le refuge d’Adèle Planchard dès le demain. Les chambres sont toujours aussi froides, mais comble du luxe dans cet univers la journée ensoleillée nous permet de prendre une douche bien méritée. Repos dans des couchettes exiguës.

J2 Vendredi 25 mars 2016

Départ matinal comme prévu, l’accès au refuge dressé à 3169 mètres exige de parcourir quelques 8 kilomètres. Une mauvaise suggestion de la veille nous conduit dès la tête de l’alpe, peaux sous les skis en direction de l’ancienne mine, à longer au plus haut l’adret du vallon de la Romanche. Morphologiquement distincts des Dahus, des douleurs se manifestent sur nos flancs gauches. Patrick après avoir envisagé de retourner au refuge conserve son cap. Courageux, l’ami. Nous pénétrons dans la vallée qui accède au Glacier de la Plate des Agneaux, les portes de la haute montagne s’ouvrent à nous. A 2500 mètres nous nous dirigeons vers deux couloirs rudes et étroits. Malgré les couteaux, les skis accrochent peu. Peu importe le cadre est grandiose. Derrière nous le glacier de la « Tombe murée » et ses séracs qui comme ses congénères regrettent de n’avoir pu être présents à la COP21 pour témoigner de la cure d’amaigrissement qu’ils subissent. Vers la cote 3000 derrière une épaule, le refuge laisse percevoir sa coiffe. Guillaume, une fois n’est pas coutume, s’enthousiasme dans une trace directe au plus raide. Les 186 mètres teigneux qui l’attendent le solliciteront sans ménagement. Eric, étrangement plus sage ce jour, tempère la trace et adopte une ligne plus douce. Il neige quelques flocons. Arrivée,11h30. Deux paires de ski que nous supposons appartenir aux gardiens laissent comprendre que nous n’avons pas été précédés. 11H31 deux sourires nous accueillent. Que la montagne est belle. Soupes avalées dare-dare, bds, guitare, photos, l’histoire d’Adèle et celle bien belle de nos hôtes occuperont le reste de cette superbe journée. La dégradation se précise, les fortes rafales de vent s’estompent au cours de la nuit. Patrick qui ne se sépare pas de toute une quincaillerie sort un thermometre et évoque 5 degrés. Je dors encapuchonné de mon bonnet, il caille.

Samedi 26 mars

6h30. Nous saluons nos gardiens et la chaleur qu’ils entretiennent avec authenticité. Les peaux glissent. Une lune se glisse malignement un bref instant sur le fil des arêtes entre la tête Nord de la Somme et celles de la Pointe Brevoort. Grand beau, l’ancien refuge s’habille de pourpre. Les pentes sont rapidement gorgées de soleil, il faudra mobiliser nos ressources pour progresser sur cette neige exigeante vers cette pointe Brevoort tant désirée et peinte par Gaston Rebuffat comme le plus beau panorama des Ecrins. Rien que cela ... A cadences différentes nous atteignons le col venté de la brèche Giraud-Lezin. Sur notre gauche se présente une pente neigeuse, soufflée. Hésitation pour ma part, j’ajuste mes crampons. Patrick se creuse un abri du vent. Après quelques pas sur une rimaye bouchée, Eric s’engage dans la pente. Sur les premièrs mètres l’absence de becquet rocheux solide conseille de ne pas s’encorder. La couche de neige devient vite insuffisante. Un chocard,impertinent, viendra nous faire risette à quelques mètres. "Pauvres cloches vous semblez bien mal agiles ....!" Nous sommes tenus de progresser à droite sur un empilement de blocs instables. Eric franchit un court ressaut un peu retord et lance un brin. je file au dessus et marque des pas dans une couche ferme et porteuse pour venir buter sur la congère sommitale. A sa base, la neige ne porte plus, il nous faut à nouveau gagner par la droite l’empilement de blocs douteux. Je n’ose m’y aventurer. Eric, plus téméraire, passe et lance à nouveau le brin qui nous permettra d’être au sommet. Grand merci! Entre temps Guillaume entame des travaux de purge de la face qui inquièteront Patrick. Deux courts rappels seront nécessaires pour le rejoindre le col. Un de mes crampons casse. Fort heureusement, les traces de la montée suffisent. Cinq saisons de bons et loyaux services Brève croute puis on s’engage dans une belle descente. Le col des neige peu accueillant faute … de neige nous refoule. A une neige salingue succède une moquette. 16h, retour au refuge de l’alpe et ses occupants du week-end de Pâques. Une bonne nuit, un retour en passant par la traditionnelle case MacDo pour le plus grand plaisir de Bernard, boucleront notre cinquième sortie commune de ski de rando. Vite l’an prochain.

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La cadence en ski de rando ......


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Pof@Bleau

Noisy sur Ecole le 7 avril 2013